Défendons ce qui nous tient debout
Il y a des matins de juin où la Gironde sent encore la résine chauffée et la terre sèche. Des matins où quelques milliers de personnes se lèvent tôt, pas pour regarder un écran, mais pour se retrouver. Autour d’une arène. Autour d’un rituel qu’ils ont reçu de leurs pères, comme leurs pères l’avaient reçu des leurs.
Ce n’est pas du folklore. C’est une façon d’être au monde.
Aujourd’hui, cette façon d’être est menacée — non par l’indifférence des gens, mais par la détermination méthodique de quelques-uns à la faire disparaître.

La suspension de la corrida de La Brède, prévue le 20 juin 2026, n’est pas un fait divers judiciaire. C’est un signal. Un tribunal administratif a estimé qu’une seule année d’interruption — pour des raisons d’organisation — suffisait à effacer près de trente ans de présence taurine dans cette commune. Trente ans. Une génération entière de Girondins qui ont grandi avec cette culture, qui y ont amené leurs enfants, qui ont applaudit dans les mêmes arènes que leurs grands-parents.

Une seule absence, et la mémoire serait prescrite ?
On nous dit que la tradition n’est pas suffisamment ancrée. On nous dit que l’urgence justifie la suspension. Mais à Captieux, les spectacles taurins existent depuis plus de trente ans. En Gironde, dans tout le Sud-Ouest, la culture taurine n’est pas un vestige — elle est vivante, habitée, transmise.
Ce que ces recours ne disent pas, c’est ce que la corrida fait exister au-delà d’elle-même : des élevages de toros de combat qui entretiennent des milliers d’hectares de nature préservée. Une race exceptionnelle, le toro bravo, qui n’existerait pas sans la tauromachie. Supprimer la corrida, c’est aussi condamner ces territoires, ces paysages, ces équilibres écologiques fragiles.
Mais la vraie question est plus profonde.
Nous vivons dans un monde qui prétend célébrer la diversité, mais qui se montre de plus en plus étroit dès qu’il s’agit de diversité culturelle réelle — celle qui dérange, celle qui ne rentre pas dans les cases du moment. L’UNESCO protège le droit des peuples à faire vivre leurs patrimoines. Ce n’est pas une déclaration abstraite. C’est une reconnaissance que les cultures ne se valident pas à l’applaudimètre des modes.

Nous ne demandons aucun privilège. Nous demandons simplement qu’on nous laisse être ce que nous sommes.
Le dimanche 7 juin, aux arènes de Captieux, il ne s’agit pas seulement de corrida. Il s’agit de savoir si un territoire peut encore décider de lui-même. Il s’agit de savoir si une communauté a le droit de transmettre ce qu’elle a reçu. Il s’agit de montrer, concrètement, que nous sommes là.
Venez nombreux. Pas pour défier qui que ce soit. Mais pour affirmer, tranquillement et fermement, que nos racines ne sont pas une honte

Un peuple qui abandonne ce qui le constitue ne devient pas plus libre. Il devient plus seul.
Le bureau d’Esprit du Sud 33
